( extrait d'un roman que j'écris. )Mon encre respire.
Je l'ai su rapidement. J'aurais pu le lire sur les traits de son visage si j'avais seulement osé les scruter une dernière fois avant de m'évanouir. J'ai fui à travers broussailles, ne voyant pas où je courrais, ne sachant guère à quel endroit j'allais déboucher. Les lignes défilent trop vite et la chaussée tangue à l'instar d'un chavirement. Me jeter par la fenêtre, je n'ai même pas eut besoin de le lui demander. Il m'a jeté. Je suis à la rue, les lignes de mes mains n'indiquent plus aucun avenir, toute trace de vie s'efface peu à peu. Le froid m'a bouffé pendant trois jours d'errance, et je n'ai plus un sous en poche. Les lèvres gercées ; je tuerai pour un tube de labello à 1¤. J'ai marché plus de 72 heures à travers patelins, rues, avenues, boulevards et champs pourtant je me sens dans une impasse. J'en ai carrément déchiré mon jean Diesel, ses jambières pleines de boue, abimées. Nuit après nuit le froid à donné à mes mains une allure fripée, une peau craquelée, ornée de plaies mais juste décoratives ; la vraie plaie, elle éventre mon c½ur. J'étais désormais à terre, le jean trempé par la rosée matinale qui stagnait sur les feuilles au milieu desquelles je me vautrais, les yeux injectés de sang, et je ne faisais que de penser, à lui. Je ne lui manquais pas, non, mais il me manquait. C'est à cet instant là que j'aurais voulu que mon c½ur cesse de battre et que l'encre qui coule dans mes veines cesse à son tour d'irriguer mes organes. Puisqu'il avait gardé mon air, qu'aurais-je pu respirer ?
no copy. 21.03.09